lundi 11 mai 2020

       La Verne 3: les saisons


    J'ai peu de souvenirs d'automne a la Verne . En cette période je ramassais les cèpes et les oronges dans les châtaigneraies de Collobrières ou je participais aux vendanges dans les vignes de mlle Parcheminey qu' Auguste , son fermier appelait : Parcheminette !

    En hiver , la Verne charrie d'énormes masses d'eau qui passent avec fracas les nombreuses cascades et retombent en tourbillons dans les gours …
Ce mouvement des eaux , puissant , a façonné les schistes qui composent son lit en créant des formes douces , évoquant parfois la féminité de cette rivière .
    En hiver certains endroits ne voient jamais le soleil et dégagent une humidité palpable , sur les sols mais aussi dans l'air respiré .
    La seule présence est celle de l'eau car tous les animaux , essentiellement des reptiles , sont plongés dans le sommeil .
    On vient alors la visiter cette rivière mais elle vous laisse sur le pas de la porte ; on se sent étranger et assez vite , on la quitte .

    Au printemps , les eaux restent abondantes mais limpides et l'on voit cheminer dans le fond les tortues a la recherche de nourriture ainsi que quelques rares poissons . Certains sont morts durant la sécheresse de l'été , les autres emportés par les crues se sont retrouvés autour de Cogolin ou sont partis visiter leurs amis de St- Tropez !
    Tout autour de la rivière , c'est une explosion de couleurs ; sur les pentes : les cistes , les asphodèles , les bruyères : du rose , du blanc ; au bord de l'eau : les lys martagon rose , les narcisses et la floraison d'une blancheur éclatante des myrtes , des aubépines , des frênes a fleurs qu'on appelle aussi des ornes ; sur les sols un tapis d'anémones , de pervenches et de violettes ponctué de boutons d'or !!!

    On ne peut toujours pas marcher dans le lit de la rivière qui est très froide et certains endroits sont inaccessibles .

    C'est le seul moment où l'on peut saisir et observer de très près une cistude car il leur est difficile dans cette eau claire de se soustraire a la vue . J'ai observé une fois un couple de mâles en train de se battre : coups de griffes et morsures sur les pattes!Les mâles des tortues de terre se donnent de violents coup de butoirs mais il y en a très peu autour de la Verne …

     a suivre
La Verne 4

    L'été , c'est la plus belle saison que l'on aimerait prolonger tout au long de l'année …
    La saison du bonheur de vivre a l'unisson de tous les animaux qui sont autour de la rivière : les poissons mais surtout les reptiles !
    Sur les berges on rencontre la couleuvre d'esculape , animal mythique pour moi , célébré par les grecs et les romains , origine du caducée . Elle s'immobilise devant vous et l'on peut passer sans la voir . Quelquefois elle se laisse manipuler sans chercher a mordre ; elle toute fine , toute belle dans une tonalité qui varie du gris au noir , ponctuée de minuscules traits d'argent produisant un scintillement . Elle se nourrit de petits rongeurs et d'oisillons qu'elle va cueillir en grimpant dans les buissons .
    Dans l'eau on aperçoit la couleuvre a collier qui , elle , se nourrit uniquement de batraciens ; mais , plus souvent , la couleuvre vipérine . Celle-ci a le marquage de la vipère mais une tête ovale , un corps long et fin ; quand elle se sent menacée , elle souffle comme la vipère et comme elle projette son visage mais gueule fermée . Sa défense bien plus efficace est de vider ses intestins sur la main qui l'a saisi et c'est une odeur très désagréable ! Elle chasse uniquement des poissons ; je l'ai vu parfois avec dans sa gueule ,un barbeau plus gros qu'elle !

    En été on avance au soleil ou a l'ombre dans une vibration continuelle orchestrée par les cigales qu'on finit par ne plus entendre .  On est saisi par la chaleur , réconforté par l'ombre . Dans cet univers enchâssé de la Verne il y a trop a voir , trop a sentir , trop a entendre : tout est trop !!!

   A mesure que la rivière s'assèche , la vie se concentre dans de grands trous d'eau creusé dans la roche schisteuse . Dans ces grands bassins l'eau prend , peu a peu une teinte sépia . Sa surface est trouée par les poissons qui halètent en manque d'oxygène , ridée par le ballet des cordonniers , frôlée par le vol des libellules …
   Cette eau , bientôt noire m'attire , elle me fascine …
A la différence de Narcisse je n'y contemple pas mon visage mais pressent qu'elle est une porte d'entrée vers l'inconnu que chacun de nous porte en lui …

dimanche 10 mai 2020

L'Art de la Fugue

Je possède plusieurs versions de l'art de la fugue : deux a l'orgue , une au concert de violes, une mixte : violon-clavecin par Goebel et toujours cette oeuvre m'a paru avoir un coté sinistre , pénible  a écouter .
  Et voila qu'on a réédité la version historique de 1969 par LEONHARD
  Et là , c'est tout  autre chose !!!                                                        
  Cette musique devient , a ce moment là : étourdissante , éblouissante ; elle a parfois un cheminement incertain , on craint par moments qu'elle ne se brise mais le souffle qui l'anime est celui-là même de la VIE ; elle tourbillonne comme l'encens dans le temple d'une ETERNITE déjà présente ...
La Musique et l'Eau …

Il me semble que c'est l'écoute quotidienne du clavecin qui m'a amené a photographier l'eau .
   L'EAU qui parfois se trouble et devient laiteuse ou boueuse
   L'EAU qui se laisse pénétrer : on peut voir alors jusqu'au plus profond d'elle ; mais ,parfois, elle se referme et réfléchit .
 C'est ce mélange du réel et du reflet qui me fascine .
 Le solide n' étant en fait qu'une apparence figée au contraire de l'eau qui fluctue  comme les notes au clavecin de GUSTAV LEONHARDT quand il joue WILLIAM BYRD .
 En fait la musique est semblable a l'eau :parfois elle nous laisse entrer profondément dans son intimité, parfois elle devient opaque et nous sommes alors rendus aux fantasmes    de notre réalité .
ORIGINE

L' Homme , petite parcelle séparée du TOUT initial aspire sans cesse , même sans le savoir , a rejoindre son origine , a se fondre dans son immensité qui est sa vraie patrie , hors du temps et hors de l'espace .
Il n'est jamais si heureux que lorsqu'il parvient a oublier sa misérable petite personnalité ; que ce soit dans les domaines élevés de l'art, de l'émotion esthétique ; que ce soit dans les domaines moyens : ceux des jeux amoureux par exemple ; ou alors dans les plus bas : l'alcool , les drogues .
En fait, il semblerait qu'il souhaite et l'on en trouve confirmation dans toutes les conduites a risques si répandues : se débarrasser, comme l' écrivait Armel Guerne : << de son poids de chair << Il aspire a la légèreté , a planer dans la vastitude des espaces intemporels et immatériels . . .
Ma dernière demeure

Chaque jour , je m'arrête un moment devant ma " dernière demeure " : le trou déjà creusé sous la dalle devant les deux bornes dont l'une est couchée où , je l'espère , ma famille déposera mon urne biodégradable ...
Je repars rassuré !
Un autre jour , je m'arrêterai devant : il n'y aura plus rien , je ne verrai plus rien : je serai dedans !
La lumière et l'eau

Le soleil redessine en permanence tout ce qui nous entoure . A quelques heures , quelques minutes d'intervalle , le paysage a changé . Là ou notre mémoire est très insuffisante , la photo a figé  ( pour quelle durée ? ) une réalité mouvante , mouvante comme cette eau qui coule ( depuis combien de temps ? ) entre ces rochers glissants ...

Le Banc

     Devant le ruisseau asséché , le vieillard était assis sur un banc.
Son regard se portait sur la pente , a sa droite , où les sécheresses successives des dernières années avaient eu raison des buis et des chênes : c'était donc maintenant une pente caillouteuse piquée de touffes de pèbre d'aï .
     Le ruisseau qui, un peu plus bas, avait longtemps entretenu une source grâce aux pluie du printemps , était d'une blancheur de squelette .
  Ses trois chiens qui ne comprenaient pas l'intérêt qu'il trouvait a rester là s'étaient éloignés a la recherche de sangliers ou de chevreuils .Les sangliers , c'est bientôt tout ce qu'il resterait de vivant sur ce terrain : éventrant la terre ,saccageant les prunelliers et les pommiers sauvages , retournant le sol au pied des pins ...

     Le vieillard n'avait pas bougé et son regard balayait lentement tout autour de lui : qu'attendait-il ?
Les chiens se mirent a couiner a leur façon hystérique dès qu'ils avaient trouvé une piste et les craquements dans les buissons s'éloignèrent .
      Ce petit ruisseau démarrait sa course seulement 400 mètres plus haut , il ne coulait guère qu'après plusieurs jours de pluie mais il pouvait aussi  avoir des crues tout a fait disproportionnées et charrier des galets qui dévalaient alors la pente ...
     Au loin les chiens aboyaient et il ne tentait pas de les rappeler .Il était dans une sorte d'hébétude quand le regard se trouble et que la Nature tout autour pèse de tout son poids et prend possession de l'imprudent qui a arrêté son pas ...

       A le regarder , silhouette immobile ,légèrement penchée en avant , on se demandait ce qu'il attend ?
    Peut-être l'orage qui menace après une journée étouffante ? Et justement le ciel s'assombrit , la lumière devient froide et métallique , un vent se lève qui secoue et courbe les arbres autour de lui ...
   Au loin on entend toujours les chiens qui suivent leur piste .
Le vieillard n'a toujours pas bougé , tout au plus un léger balancement d'avant en arrière , tandis que les premières gouttes tombent ...
Grosses gouttes rafraîchissantes après cette journée torride !

    La pluie maintenant s'accentue , ponctuée de quelques grêlons gros comme des billes tandis que la noirceur envahit le jour et que des bourrasques secouent le terrain .
     " Qu'attend-tu vieillard pour aller te mettre a l'abri ? ce n'est plus de ton age de te laisser tremper au risque d'attraper du mal ? Qu'est-ce qui te pousse a rester là tandis que la pluie balaye en rafales ton visage ? "

    Le ruisseau est en train de naître : un mince filet passe devant le banc provenant de la moraine du haut du terrain , souvenir des temps anciens .
    La pluie augmente , elle ruisselle sur le visage et le corps du vieil homme ; elle semble lui apparaître comme une bénédiction , la survie de cette terre , de ces arbres mourant sur le terrain ...

        Et puis brusquement , un déluge s'abat : c'est une malédiction maintenant qui arrache la terre, fait dévaler les cailloux qui roulent dans le ruisseau avec des branches cassées et même un cadavre d'oiseau , un geai qui n'a pas su se mettre a l'abri ; tout autour le terrain ruisselle ...
   Le vieil homme est maintenant une torche dégoulinante figée dans son immobilité ...

   Le ruisseau grossit encore , déborde autour du banc , enveloppe ses pieds et ses jambes :une eau lourde et boueuse , froide ...

  Et puis une énorme vague soudaine s'abat sur le banc , sur le vieillard et les emporte dans ses flots .

SAINT ISIDORE

                 J'habite avec un chien inquiet et jaloux, une maison pleine de serpents; pleine de bruits: craquements, couinements, appel des loirs .                                                              Parfois, le piano éteint qui sert de chevet a mon lit, égrène quelques notes ...
   Parfois UGO fait entendre un grondement sourd, écho d'une menace illusoire ...
Sur les murs sont affichés les photos de MORTS , en grand nombre ; certains depuis le dix-septième siècle . Leur présence est continuelle ici : au clavecin , au violon , a l'orgue , a la viole de gambe ; leur font escorte les souvenirs des chiens nombreux , décédés et qui reposent dans le jardin .
   Tout autour de la maison, les plantations successives depuis l'année 2000 font un accompagnement silencieux mais très présent ; particulièrement un If doré aux ramures pleureuses qu'est venu habiter
                                                      une Personne chère
   Les grenouilles du bassin mènent grand tapage quand elles entendent le clavecin depuis mon véhicule ...
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Var-Variations -souvenir de Marie Monbel:   Flora. Flora, , une je...

Var-Variations -souvenir de Marie Monbel:   Flora. Flora, , une je... :   Flora. Flora, ...